Le plus grand philosophe présocratique, avec Héraclite, et le principal philosophe éléate, est bien sûr
Parménide ( 514 - 450 av. JC ). Avant d'aborder sa philosophie, remarquons que Parménide, très influencé par la physique pythagoricienne, fut le premier à affirmer que la Terre était ronde.
Selon Parménide,
la vérité, et l'être s'opposent à
l'opinion, au non-être. On ne peut pas dire du réel autre chose que "il est", puisqu'on ne peut ni connaître ni exprimer ce qui n'est pas.
Cette affirmation implique deux choses. La première, qui est en opposition complète avec la philosophie d'Héraclite, est que
tout est immuable et incapable de mouvement. La seconde, est que
la connaissance véritable ne peut concerner que l'être, les sensibles ou les corps ne pouvant être objets que de l'opinion. L'être, ce qui peut être pensé, conçu, s'oppose au non-être. En ce sens, Parménide est le fondateur de l'ontologie.
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L'ontologie est la science de
l'être en soi *, qui s'oppose à l'anthropologie, science de l'homme. Platon, Spinoza, Hegel ou Heidegger ont développé le problème ontologique. Il fut pour
Platon celui de la
lumière qui nous découvre les objets du monde ( cf Platon ), puis pour
Spinoza, celui de
Dieu. Il fut ensuite celui de
l'histoire pour
Hegel, et finalement pour
Heidegger, celui du fait de
l'existence qui s'accomplit en tout homme. L'ontologie analyse la lumière qui fait être les choses et l'esprit humain. Elle ne se présente pas comme une morale, car elle ne s'attache pas à ce qui doit être, mais à ce qui est.
Comment perçoit-on ce qui est? ]
* [
L'en-soi s'oppose au
pour-soi. L'en-soi est la
réalité matérielle existant indépendamment de nous. La "chose en soi" chez Kant, et la matière qui est à l'origine de nos sensations.
Elle s'oppose au phénomène, à la représentation, à l'idée, qui reposent sur notre esprit, et qui sont dépendants de notre existence.
Hegel et Sartre opposent l'en-soi,
la chose, immuable,
le principe, au pour-soi,
l'existence humaine, mobile, libre et contingente. ]
Revenons sur la première conséquence de la philosophie de Parménide : tout est immuable.
Selon lui, tout ce qui existe a toujours existé, tout est éternel. Les Grecs croyaient en effet souvent que ce qui existe est éternel, et que ce qui n'est pas ne pourra jamais devenir quelque chose, rien ne naît de rien. Seulement Parménide va explorer les tréfonds de cette conception en affirmant qu'il n'existe
pas de transformation. Ses sens lui disaient constamment que la matière était en mouvement, que le monde s'érodait, que le quotidien et son peuple d'objets, de paysages, changeait, mais Parménide ne se fiait qu'à sa
raison, car il considérait que ses
sens étaient trompeurs. Parménide décapite
l'empirisme, et s'évertue à démonrer la trahison des sens, car il n'a foi que dans sa raison. C'est ce qu'on appelle
le rationalisme.
Ainsi, nous pouvons constater que Parménide et Héraclite ont deux conceptions du monde parfaitement opposées. Pour Héraclité,
l'expérience des sens, d'une fiabilité à toute épreuve, nous montre que tout s'écoule, que tout est mouvement, dégradation, naissance et changement.
Pour Parménide,
les sens sont trompeurs, car rien ne peut se transformer, tout est figé, immuable et éternel. Face à cette terrible opposition, la philosophie se trouvait alors dans une impasse.
Zénon d'Elée, qui vécut au milieu du Vème siècle avant JC, est un disciple de Parménide. Il s'attacha à
nier la réalité du mouvement, en vertu de la
divisibilité à l'infini de l'espace. Il illustre son propos par deux exemples, celui de la flèche tirée qui n'atteindra jamais son but, et celui du véloce Achille qui ne pourra jamais rattraper la tortue qui a une longueur d'avance sur lui.
En effet, la flèche doit d'abord parcourir la moitié de la distance qui la sépare de la cible. Puis, elle doit parcourir une autre moitié de cette distance qui lui reste, soit le quart. Après ce quart, elle doit parcourir la moitié du quart qu'il lui reste, soit le huitième, puis le seizième, etc, le dénominateur tendant toujours un peu plus vers l'infini, sans jamais l'atteindre.
De même, pour rattraper la tortue, Achille doit d'abord arriver à l'endroit où était cette dernière. Seulement, il lui restera encore à parcourir la distance que celle-ci vient de parcourir, etc...
D'une certaine manière, on pourrait dire que Zénon d'Elée est dans le parfait sillage de Parménide, puisque d'une part, il nie le mouvement, et d'autre part, il montre que la raison ( la démonstration mathématique ) peut en théorie vaincre les sens, qui nous inspirent cette évidence : Achille rattraperait n'importe quelle tortue en deux enjambées. Illustration : Visage de Parménide