Les Présocratiques

Les Présocratiques
Les présocratiques regroupent les philosophes définis négativement comme étant antérieurs à Socrate. Ils ont donc vécu du début du VIIème siècle avant JC jusqu'à l'époque de Socrate, qui vécut au Vème siècle avant JC.

Ils voulaient donner un sens au monde qui les entourait, trouver une explication aux phénomènes naturels quotidiens. En ce sens, on peut les qualifier de philosophes de la nature ( physiologues ).
Pour réaliser cette étude, ils tenaient à n'avoir aucun recours aux mythes ( contrairement à Hésiode, poète grec qui repensa et récrivit la mythologie ) : ils recherchaient une explication rationnelle.
On peut donc affirmer qu'ils sont à l'origine de la pensée scientifique occidentale.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 31 août 2007 03:51

Les Ioniens

Les Ioniens
Les Ioniens, originaires d'une colonie grecque d'Asie Mineure sur les bords de la Mediterranée, l'Ionie, sont les premiers grands penseurs. Ils ont vécu pour la plupart dans de grandes cités maritimes où ils étaient souvent en contact avec d'autres civilisations.

Le premier d'entre eux est Thalès ( environ 625 - 545 av. JC ), originaire de Milet.
Grand voyageur, il aurait ramené d'Egypte les mathématiques, dont il serait à l'origine en Grèce. Ainsi, il aurait mesuré la hauteur des pyramides égyptiennes en mesurant leur ombre au moment précis où l'ombre de son propre corps était aussi longue que son corps lui-même.

Thalès était également astronome : il prédit une éclipse de soleil en 585 avant JC. Cet épisode lui aurait permis de s'enrichir. En effet, Thalès, souvent victime de railleries de ses contemporains, qui le considéraient comme un incapable, décida de louer tous les pressoirs à olive après une récolte désastreuse. Il le fit dans la plus grande discrétion, et eut bientôt à sa disposition toutes les "machines " jusqu'à quatre jours de distance de Milet. Lorsqu'arriva la récolte, il fit payer à grand prix l'utilisation de ses pressoirs.

Dans la philosophie de Thalès, l'eau était la source de toute chose. Le sens de cette idée reste pour nous assez obscur, mais on peut supposer qu'il aura été témoin de la fertilisation du delta du Nil par la décrue des eaux...
La seconde affirmation qu'on lui attribue est que "tout est rempli de dieux". Il est encore une fois difficile de comprendre ce qu'il entendait par cette déclaration, mais nous pouvons constater que la conception de la matière de Thalès est très éloignée de celle de la mythologie, ce qui est la marque d'une certaine liberté de pensée.

Anaximandre ( 610 av. JC - 545 ), lui aussi originaire de Milet, est le second philosophe Ionien. Elève de Thalès, il est connu pour avoir été le premier philosophe à consigner ses pensées par écrit. Il se différencie néanmoins de Thalès, en mettant au principe de toute chose l'infini, l'illimité.
Ainsi, selon lui, notre monde n'en était qu'un parmi tant d'autres, et comme tous les autres, il avait un début et une fin, l'infini étant le principe souverain gouvernant ce début et cette fin.
Remarquons qu'Anaximandre avait une curieuse conception de l'origine de la vie. Il pensait en effet que des animaux proches des poissons avaient été créés à partir de terre et d'eau réchauffées. Les humains auraient été retenus prisonniers à l'état d'embryons dans ces poissons jusqu'à l'adolescence, avant que les poissons n'éclatent, en laissant sortir les hommes et les femmes qui perdirent leurs écailles. Encore une fois, on peut voir que la mythologie est écartée, au profit d'une explication matérielle.

Le troisième des philosophes de Milet est Anaximène ( 570 - 526 av. JC ). Il considérait que l'air ( ou le brouillard ) était la base de la matière. D'une certaine manière, il détournait la théorie de Thalès, en considérant que l'eau n'était que de l'air concentré. D'une observation empirique ( l'eau semble venir de l'air lorsqu'il pleut, etc... ), il avait déduit que la matière était de l'air très concentré et que le feu était de l'air raréfié.

Ainsi, ces trois philosophes considéraient qu'il existait une matière originelle à la base de tout, mais le problème principal posé par cette idée est celui du mode de transformation de la matière originelle...
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 31 août 2007 03:52

Les Pythagoriciens

Les Pythagoriciens
Pythagore ( 580 - 490 av. JC), était un mathématicien, philosophe et astronome grec.
Sa pensée philosophique concerne avant tout les modes de vie. Ainsi, il imposait aux membres de l'école pythagoricienne le ponos, une règle de vie stricte interdisant entre autres toute consommation de viande.
Il pensait également que l'âme humaine était immortelle, et qu'elle allait d'un corps à l'autre au gré des fluctuations existentielles dont les corps étaient agités. Ainsi, aucun nouveau-né ne naissait pour la première fois, rien n'était nouveau.

Héraclite ( 540 - 480 av. JV ), était originaire d'Ephèse, en Asie Mineure. Il est particulièrement célèbre pour son style difficile, mêlant paradoxes et poésie, ce qui lui valut son surnom d'Héracilte " l'obscur ". Aristote estimait que la ponctuation d'un texte d'Héraclite était une véritale prouesse, car il était très difficile de savoir à quoi un mot pouvait se rapporter. Aristote cite cette phrase : "le logos / ce qui est / toujours / les hommes sont incapables de le comprendre", dans laquelle il est impossible de voir à quoi le mot "toujours" se rattache. Certains pensent que cette obscurité de style est due à sa santé, qui tourmentait Héraclite ; pour d'autres, il s'agissait d'une volonté délibérée d'échapper à toute accusation d'athéisme.

Héraclite est le philosophe du changement. Pour lui, "Tout s'écoule". L'être est éternellement en devenir, tout change de forme. Il est le père de la fameuse formule "On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve". En effet, lorsque l'on retourne dans ce fleuve, il a changé, ses eaux, son fond ne sont pas les mêmes que lors de la première baignade. De même, notre corps et notre esprit ont changé. Ainsi, ce n'est pas le même homme qui se baigne dans ce fleuve en changement perpétuel.

Héraclite est connu comme le philosophe du feu. Le feu est pour lui le principe originel et universel, qui crée le mouvement et la matière au cours du temps.

Héraclite avait aussi pour particularité de mettre l'accent sur certains paradoxes : sans l'existence d'un mal, l'homme ne pourrait pas apprécier la valeur d'un bien à sa juste valeur. Sans maladie, nous n'apprécierions pas la santé, sans faim, nous n'aurions aucun plaisir à manger, etc.
Mais il voit beaucoup plus que ces simples oppositions : il y voit Dieu. La notion de Dieu désigne un tout, "le jour et la nuit, l'hiver et l'été, la guerre et la paix". Le divin est partout, et dans ces harmonieuses contradictions, on reconnaît ses manifestations.
Seulement, à la place du mot Dieu, il emploie le mot grec logos ( λόγος ), qui signifie "parole" et "raison". Il existe selon lui à la fois un principe universel permettant cette unité, et une raison universelle, à laquelle les hommes sont plus ou moins sensibles ( pas assez à son goût : Héraclite était un grand misanthrope )
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 31 août 2007 03:52

Les Eléates

Les Eléates
Le plus grand philosophe présocratique, avec Héraclite, et le principal philosophe éléate, est bien sûr Parménide ( 514 - 450 av. JC ). Avant d'aborder sa philosophie, remarquons que Parménide, très influencé par la physique pythagoricienne, fut le premier à affirmer que la Terre était ronde.

Selon Parménide, la vérité, et l'être s'opposent à l'opinion, au non-être. On ne peut pas dire du réel autre chose que "il est", puisqu'on ne peut ni connaître ni exprimer ce qui n'est pas.
Cette affirmation implique deux choses. La première, qui est en opposition complète avec la philosophie d'Héraclite, est que tout est immuable et incapable de mouvement. La seconde, est que la connaissance véritable ne peut concerner que l'être, les sensibles ou les corps ne pouvant être objets que de l'opinion. L'être, ce qui peut être pensé, conçu, s'oppose au non-être. En ce sens, Parménide est le fondateur de l'ontologie.

[ L'ontologie est la science de l'être en soi *, qui s'oppose à l'anthropologie, science de l'homme. Platon, Spinoza, Hegel ou Heidegger ont développé le problème ontologique. Il fut pour Platon celui de la lumière qui nous découvre les objets du monde ( cf Platon ), puis pour Spinoza, celui de Dieu. Il fut ensuite celui de l'histoire pour Hegel, et finalement pour Heidegger, celui du fait de l'existence qui s'accomplit en tout homme. L'ontologie analyse la lumière qui fait être les choses et l'esprit humain. Elle ne se présente pas comme une morale, car elle ne s'attache pas à ce qui doit être, mais à ce qui est. Comment perçoit-on ce qui est? ]

* [ L'en-soi s'oppose au pour-soi. L'en-soi est la réalité matérielle existant indépendamment de nous. La "chose en soi" chez Kant, et la matière qui est à l'origine de nos sensations.
Elle s'oppose au phénomène, à la représentation, à l'idée, qui reposent sur notre esprit, et qui sont dépendants de notre existence.
Hegel et Sartre opposent l'en-soi, la chose, immuable, le principe, au pour-soi, l'existence humaine, mobile, libre et contingente. ]

Revenons sur la première conséquence de la philosophie de Parménide : tout est immuable.
Selon lui, tout ce qui existe a toujours existé, tout est éternel. Les Grecs croyaient en effet souvent que ce qui existe est éternel, et que ce qui n'est pas ne pourra jamais devenir quelque chose, rien ne naît de rien. Seulement Parménide va explorer les tréfonds de cette conception en affirmant qu'il n'existe pas de transformation. Ses sens lui disaient constamment que la matière était en mouvement, que le monde s'érodait, que le quotidien et son peuple d'objets, de paysages, changeait, mais Parménide ne se fiait qu'à sa raison, car il considérait que ses sens étaient trompeurs. Parménide décapite l'empirisme, et s'évertue à démonrer la trahison des sens, car il n'a foi que dans sa raison. C'est ce qu'on appelle le rationalisme.

Ainsi, nous pouvons constater que Parménide et Héraclite ont deux conceptions du monde parfaitement opposées. Pour Héraclité, l'expérience des sens, d'une fiabilité à toute épreuve, nous montre que tout s'écoule, que tout est mouvement, dégradation, naissance et changement.
Pour Parménide, les sens sont trompeurs, car rien ne peut se transformer, tout est figé, immuable et éternel. Face à cette terrible opposition, la philosophie se trouvait alors dans une impasse.


Zénon d'Elée, qui vécut au milieu du Vème siècle avant JC, est un disciple de Parménide. Il s'attacha à nier la réalité du mouvement, en vertu de la divisibilité à l'infini de l'espace. Il illustre son propos par deux exemples, celui de la flèche tirée qui n'atteindra jamais son but, et celui du véloce Achille qui ne pourra jamais rattraper la tortue qui a une longueur d'avance sur lui.
En effet, la flèche doit d'abord parcourir la moitié de la distance qui la sépare de la cible. Puis, elle doit parcourir une autre moitié de cette distance qui lui reste, soit le quart. Après ce quart, elle doit parcourir la moitié du quart qu'il lui reste, soit le huitième, puis le seizième, etc, le dénominateur tendant toujours un peu plus vers l'infini, sans jamais l'atteindre.
De même, pour rattraper la tortue, Achille doit d'abord arriver à l'endroit où était cette dernière. Seulement, il lui restera encore à parcourir la distance que celle-ci vient de parcourir, etc...

D'une certaine manière, on pourrait dire que Zénon d'Elée est dans le parfait sillage de Parménide, puisque d'une part, il nie le mouvement, et d'autre part, il montre que la raison ( la démonstration mathématique ) peut en théorie vaincre les sens, qui nous inspirent cette évidence : Achille rattraperait n'importe quelle tortue en deux enjambées.

Illustration : Visage de Parménide
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 31 août 2007 03:53

Empédocle d'Agrigente

Empédocle d'Agrigente
Nous avons pu constater que les conceptions de Parménide et d'Héraclite avaient laissé la philosophie embourbée dans une interrogation indémêlable. C'est un philosophe nommé Empédocle d'Agrigente ( 490 - 430 av. JC) , originaire de Sicile, qui va proposer une solution permettant à la philosophie de se tirer de cette impasse.
En effet, il considère que chacun des deux philosophes a raison dans l'une de ses affirmations, et tort dans l'autre. Selon lui, le problème principal est lié à l'idée communément admise que toute la matière provenait d'une même substance d'origine. Si tel était le cas, l'opposition entre Parménide et Héraclite serait en effet inconciliable.
D'un côté, il donne raison à Parménide en considérant que l'eau est et restera de l'eau, et qu'elle ne peut pas devenir de la terre ou du fer. A première vue, rien ne se transforme.
Seulement, Empédocle est également d'accord avec Héraclite lorsqu'il dit que nous devons nous fier à nos sens : nous voyons bel et bien une nature en perpétuelle mutation.
Ainsi, Empédocle pense qu'il faut rejeter l'idée d'une matière unique , car ni l'eau, ni l'air, ni le feu ne peuvent seuls se transformer en animal ou en branche d'arbre.
Empédocle croyait en l'existence de quatre "racines", matières élémentaires, l'eau, la terre, le feu, et l'air, et il pensait que tout venait du mélange et de la séparation de ces quatre éléments.
D'une certaine manière, nous pouvons considérer que la conception d'Empédocle se rapproche plus de celle de Parménide. En effet, si un arbre est composé d'un savant dosage des quatre éléments, à sa mort, les éléments en question se retrouvent séparés, mais conservent leur nature. Lorsque l'arbre meurt, l'eau qui le composait reste de l'eau : on peut donc dire que l'eau, quelle que soit la transformation dont elle est victime, restere toujours de l'eau. Finalement, rien ne change...

Empédocle d'Agrigente apporte également une réponse à l'épineux problème que nous avons entrevu, celui de la transformation de la matière. Lorsque les philosophes croyaient à l'existence d'une matière unique et originelle, mère de toute chose, il s'agissait de savoir comment cette matière se transformait, et prenait d'autres formes. Mais à partir du moment où l'on considère que tout provient de quatre éléments, il s'agit de savoir par quel moyen les éléments s'assemblent et se séparent. Empédocle apporte cette réponse : deux forces sont à l'oeuvre dans la nature, l'amour et la haine. C'est l'amour qui lie les éléments, et la haine qui les désunit.

Empédocle s'interrogea aussi sur la perception. En se demandant par quel phénomène il pouvait voir un objet devant lui, disons une pierre, il arriva à la conclusion que la part de terre de son oeil ( composé d'un mélange particulier des quatre éléments ) percevait la terre contenue dans la pierre ; que la part d'eau percevait l'eau de la pierre, etc... Ainsi, si l'un des éléments manquait à notre oeil, nous serions incapables d'observer la nature dans son intégralité.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 31 août 2007 03:53